Contraceptifs oraux et risque de méningiome : résultats d’une étude nationale française
Introduction
Une récente étude cas-témoins basée sur le Système National des Données de Santé (SNDS) a évalué l’association entre l’utilisation de contraceptifs oraux progestatifs et le risque de méningiome intracrânien nécessitant une chirurgie. Cette analyse, incluant plus de 92 000 femmes en France, apporte des précisions importantes pour la pratique clinique.
Méthodologie
- Population étudiée : 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023, appariées à 83 910 témoins sans méningiome (appariement sur l’âge et le lieu de résidence).
- Exposition : utilisation de désogestrel 75 µg, lévonorgestrel 30 µg, ou lévonorgestrel (50-150 µg) associé à un œstrogène.
- Durée d’utilisation :
- usage court (<1 an) ;
- usage prolongé ≥1 an (jusqu’à >7 ans).
- Analyse statistique : régression logistique conditionnelle (odds ratios, IC95%).
Résultats principaux
- Désogestrel 75 µg :
- Pas de sur-risque en cas d’usage court (OR 1,02 ; IC95% 0,77–1,34).
- Sur-risque significatif en cas d’usage prolongé :
- 5–7 ans : OR 1,51 (IC95% 1,17–1,94).
- ≥7 ans : OR 2,09 (IC95% 1,51–2,90).
- Risque accru surtout pour les méningiomes de la base du crâne (antérieure et moyenne).
- Risque majoré chez les femmes exposées antérieurement à un autre progestatif connu pour augmenter le risque de méningiome (OR 3,30).
- Disparition du risque 1 an après arrêt du désogestrel.
- Lévonorgestrel (seul ou combiné à un œstrogène) : aucun excès de risque identifié, quelle que soit la durée d’utilisation.
Impact clinique
- Le nombre nécessaire pour nuire (NNH) est estimé à 67 300 femmes pour un cas de méningiome nécessitant une chirurgie après exposition prolongée au désogestrel.
- Ces résultats confirment que le désogestrel doit être prescrit avec prudence en cas d’utilisation prolongée, notamment chez les patientes présentant des antécédents d’exposition à d’autres progestatifs à risque.
- A contrario, le lévonorgestrel, largement utilisé, ne semble pas associé à un excès de risque.
Conclusion
Cette étude nationale française met en évidence un sur-risque modeste mais significatif de méningiome intracrânien après plus de 5 ans d’utilisation continue de désogestrel 75 µg, en particulier pour les méningiomes de la base du crâne. En revanche, aucune association n’a été observée pour le lévonorgestrel, seul ou associé à un œstrogène. Ces données doivent être prises en compte dans l’évaluation bénéfice-risque lors de la prescription de contraceptifs oraux progestatifs.
Équipe & expertise
Cet article s’inscrit dans le cadre de la mission d’information scientifique du Service de Neurochirurgie de l’Hôpital Lariboisière – AP-HP, dirigé par le Pr Sébastien Froelich, Université Paris-Cité. L’équipe est spécialisée dans la prise en charge des tumeurs intracrâniennes, notamment les méningiomes de la base du crâne
source: https://www.bmj.com/content/389/bmj-2024-083981
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