Chirurgie éveillée

La chirurgie en conditions éveillées est à ce jour la technique la plus fiable pour déterminer les limites fonctionnelles personnalisées de la résection et donner au patient les meilleures chances de récupération neurocognitive. Elle est particulièrement indiquée dans la résection des gliomes de bas grade et des zones épileptogènes, mais s'applique aussi à d'autres lésions selon leur localisation (gliomes de haut grade, cavernomes, métastases).

Déroulement de l'intervention

L'intervention se déroule en trois étapes :

  1. Ouverture

    Le patient est sous hypno-sédation. Les tissus sont anesthésiés localement. Le chirurgien accède à la lésion.

  2. Phase éveillée — détermination des limites fonctionnelles

    Le patient est réveillé et réalise des tests en continu sous le contrôle d'une orthophoniste : fonctions motrices, langagières, visuelles, spatiales, exécutives… Le chirurgien utilise une sonde électrique qui perturbe transitoirement la zone stimulée. Si le patient ne parvient plus à effectuer la tâche lors de la stimulation, la zone est préservée. Les limites sont ainsi identifiées en surface et en profondeur.

    Voir une démonstration (vidéo Collège de France)

  3. Fermeture

    Le patient est à nouveau placé sous sédation pour la fermeture de l'abord.

Des troubles cognitifs en période post-opératoire immédiate sont fréquents — l'exérèse allant au plus près des zones fonctionnelles. Un bilan orthophonique précoce permet de les identifier et d'orienter la rééducation, d'abord dans le service du Pr Beaudreuil (hôpital Fernand-Widal), puis en externe. La récupération est le plus souvent complète en environ 4 mois (entre 1 mois et 1 an). Dans la série de Lariboisière, 85 % des patients ont repris leur activité professionnelle après chirurgie éveillée pour gliome de bas grade.

Rôle de la chirurgie

L'objectif est d'enlever le maximum de tumeur, toutes les études ayant montré que plus l'exérèse est importante, meilleur est le pronostic. Lorsque la tumeur est en zone hautement fonctionnelle, une biopsie peut être réalisée en premier lieu pour en connaître la nature exacte avant d'envisager une résection.

L'étendue de la résection est planifiée lors de la discussion préopératoire avec le patient — moment essentiel pour analyser le retentissement prévisible sur sa vie socio-professionnelle. Par exemple, pour une même localisation frontale, les limites ne seront pas identiques selon que le patient est professeur de sport (circuits de coordination motrice) ou professeur d'anglais (circuits du langage en français et en anglais).

Une IRM de contrôle est réalisée dans les 48h post-opératoires pour confirmer l'étendue de l'exérèse. Les résultats anatomopathologiques sont disponibles sous 5 à 10 jours, et les analyses moléculaires complètes (anomalies chromosomiques, mutations géniques…) sous quelques semaines.

L'équipe de chirurgie éveillée

Animée par le Pr Emmanuel Mandonnet, expert reconnu internationalement, l'équipe est pluridisciplinaire :

Anesthésie

Pr Etienne Gayat, Dr Jona Joachim, IADE Sylvie Aubrun, Séverine Levavasseur, Astrid Letertre. Séances préopératoires de relaxation hypnotique pour aborder l'intervention dans les meilleures conditions.

Électrophysiologie

Dr Chassoux et Dr Zanin (neurochirurgie / épilepsie), François Bonnetblanc et Olivier Rossel (INRIA-Montpellier). Localisation de la zone épileptogène et étude de la connectique cérébrale par potentiels évoqués intra-cérébraux.

Orthophonie

Mme Isabelle Poisson, Mme Marion Barberis, Mme Cécile Prevost, Mme Sophie Letrange. Le bilan préopératoire oriente les tests pertinents pour la phase peropératoire.

Neuroradiologie

Équipe du Pr Houdart (Lariboisière) et Dr Mellerio (Centre Cardiologique du Nord). Permet notamment de déterminer avec certitude l'hémisphère langagier dominant du patient.

Rééducation

Dr Tlili et Dr Heslot, service de MPR du Pr Beaudreuil (hôpital Fernand-Widal). Programme de rééducation individualisé défini pour chaque patient.

Neuropathologie

Pr Homa Adle-Biassette et Dr Chiara Villa. Analyse de chaque prélèvement tumoral, résultat disponible en une semaine.

Références

  1. Mandonnet E, Vincent M, Valero-Cabré A, et al. Network-level causal analysis of set-shifting during trail making test part B: A multimodal analysis of a glioma surgery case. Cortex 2020; 132: 238–49.
  2. Barberis M, Poisson I, Prévost-Tarabon C, et al. Verbal fluency predicts work resumption after awake surgery in low-grade glioma patients. Acta Neurochir (Wien) 2024; 166: 88.
  3. Boyer A, Stengel C, Bonnetblanc F, et al. Patterns of axono-cortical evoked potentials: an electrophysiological signature unique to each white matter functional site? Acta Neurochir (Wien) 2021; 163: 3121–30.
  4. Mandonnet E, Mellerio C, Barberis M, Poisson I, Jansma JM, Rutten G-J. When Right Is on the Left (and Vice Versa): A Case Series of Glioma Patients with Reversed Lateralization of Cognitive Functions. J Neurol Surg A Cent Eur Neurosurg 2020; 81: 138–46.

La chirurgie de la base du crâne traite les lésions situées profondément entre la base du crâne et le cerveau ou dans la base du crâne elle-même. Les pathologies les plus fréquentes touchant la base du crâne sont des tumeurs. Ces tumeurs peuvent être histologiquement «bénignes» (par exemple : méningiomes, neurinomes de l’acoustique, adénomes hypophysaires, craniopharyngiome) ou malignes (cancéreuses) (par exemple : originaire des sinus, de l’os, du cartilage, de l’oreille ou des glandes salivaires).

Le diagnostic précoce et une prise en charge pluridisciplinaire est la clé pour traiter efficacement ces tumeurs.

En raison de leur localisation, les lésions de la base du crâne peuvent causer des symptômes très divers tels que des troubles de la vue, de l’audition, de l’odorat, de l’équilibre, de la déglutition, des maux de tête, une asymétrie du visage, des troubles de la sensibilité et/ou des douleurs du visage, une obstruction du nez, des vertiges…

Les examens qui permettent d’identifier la lésion sont principalement le scanner et l’IRM cérébrale. Le scanner permet d’évaluer avec précision les structures osseuses mais n’a pas une bonne résolution spatiale pour les tissus mous. L’IRM permet d’évaluer avec précision les tissus mous, la lésion et ses rapports avec les structures avoisinantes. D’autres examens peuvent être demandés en fonction du type de lésion suspectée et de sa localisation:

un angioscanner cérébral, une angio IRM et/ou une artériographie pour évaluer la vascularisation de la lésion, ses rapports avec des vaisseaux importants qui irriguent le cerveau tel que l’artère carotide interne et l’artère vertébrale, l’anatomie des veines de drainage cérébral afin de les préserver au mieux,

un bilan ophtalomologique

– un bilan ORL pour évaluer l’audition et l’équilibre ou la déglutition

– un bilan endocrinologique pour évaluer une répercussion éventuelle de la lésion sur le fonctionnement de l’hypophyse qui est une petite glande connectée au cerveau et située au centre de la base du crâne

etc…

Ces chirurgies sont effectuées dans des salles d’opérations dédiées qui intègrent toutes les technologies de pointe d’imagerie, de visualisation, de monitoring et de guidage .
Le service dispose également d’un personnel paramédical hautement qualifié.
Notre objectif commun est d’offrir le meilleur résultat chirurgical possible avec le moins d’effets secondaires et la préservation maximale de la fonction.
Notre service entretient des relations étroites avec de nombreuses équipes de neurochirurgie spécialisées dans ce domaine à l’étranger et nous accueillons de nombreux visiteurs neurochirurgiens étrangers qui viennent se former à ces techniques.

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